Espace detente
 
 
  
                                        « L’AFFAIRE LAURA » 
 
 

 
Feuilleton en 25 épisodes = 25 semaines de détente… Un nouvel épisode tous les samedis. 





DIX-HUITIÈME ÉPISODE 
 
 



 Enfin, Luigi sortit de la pension Manara. 
Il descendit les marches du perron quatre à quatre.  
En trois enjambées, il rejoignit Dupuy qui mâchonnait nerveusement son reste de cigare  
-- Il y a du nouveau, souffla Luigi en plissant les yeux. 
-- Qu’est-ce qui se passe ? Allez, parle ! Gronda Dupuy d’une voix rauque.  
Les nerfs du Français avaient été mis à rude épreuve par la longue station debout dans la rue obscure. Il en voulait à Luigi de l’avoir fait « poireauter » si longtemps. 
-- Les oiseaux se sont envolés, voilà ce qui se passe, répondit Luigi, d’un ton bourru. 
-- Comment ça ? 
 
La logeuse avait annoncé au policier que la « Chinoise » et l’ « Américain », comme elle les appelait, avaient quitté la pension vers cinq heures du soir. 
Luigi avait exigé de visiter leur chambre restée inoccupée. 
Il l’avait fouillée, mais n’avait strictement rien trouvé. Pas le moindre indice. 
La logeuse lui avait dit que l’ « Américain » avait reçu une communication téléphonique dans l’après-midi, pendant l’heure de la sieste, ce qui ne lui avait pas  
plu du tout à elle car « la sieste, c’est sacré, surtout en plein été ». 
Au téléphone, l’Américain avait parlé en français, la logeuse en était sûre. 
Elle avait entendu « Paris », à plusieurs reprises et elle avait compris « demain matin ». 
La logeuse avait précisé qu’elle n’avait pas écouté toute la conversation téléphonique, bien entendu, mais que le jeune Américain avait eu l’air consterné. 
Comme s’il avait reçu une mauvaise nouvelle. 
L’air préoccupé, il était remonté lentement dans sa chambre. 
 
C’est après l’heure de la sieste qu’il était venu régler sa note à la réception et qu’il avait confirmé leur départ. 
Ils étaient redescendus vers cinq heures avec leurs sacs à dos et la guitare. 
La logeuse leur avait souhaité bon voyage. 
Elle s’était aperçue que la « Chinoise » avait pleuré et que l’ « Américain » semblait contrarié. 
Ils avaient dû « s’engueuler ». Une querelle d’amoureux, peut-être ? 
Deux jeunes gens d’une trentaine d’années, des Italiens probablement, les attendaient sur le perron de la pension. Tout ce petit monde était reparti en voiture, dans une fiat 800, rouge. 
C’était tout ce que savait la logeuse. 
Elle avait sèchement conclu sa déclaration, en faisant remarquer au carabinieri que, deux heures du matin, ce n’était pas l’heure la mieux choisie, pour faire une descente de police, dans une pension sérieuse et aussi bien tenue que la sienne. 
Avec son sourire le plus séducteur, Luigi lui avait demandé la permission de passer un coup de fil au commissariat. 
Enfin, pour se faire définitivement pardonner, il avait invoqué les « obligations du métier », en prenant congé de l’imposante matrone. 
 
-- Qu’est-ce que tu suggères qu’on fasse, maintenant ? demanda Dupuy. 
-- Qu’on aille se coucher. La nuit porte conseil. 
-- Tu trouves ça normal, ce départ précipité? 
-- Non. Mais où veux-tu que j’aille les chercher, à cette heure-ci ? 
Ils marchèrent en silence dans la direction de la Plazza Santa Maria in Trastevere. 
Il n’y avait pas un chat dans les rues. 
La Plazza Santa Maria in Trastevere était maintenant totalement déserte. 
De temps à autre, une voiture les croisait ou les dépassait. 
Quand l’occasion se présenta, ils hélèrent un taxi en maraude. 
Luigi parlementa avec le chauffeur. 
Celui-ci accepta de retraverser Rome en direction de la gare centrale Roma-Termini, pour déposer Dupuy à son hôtel, via Bachelet, puis reconduire Luigi, un peu plus loin, via Malpighi, où il demeurait. 
En plein jour, traverser Rome en taxi est une intolérable épreuve. 
En pleine nuit, c’est un délicieux plaisir. 
La voiture était climatisée et roulait sans bruit. 
À la radio, une mandoline égrenait les notes voluptueuses d’un air napolitain. 
Assis à côté du chauffeur, Luigi était plongé dans ses pensées. 
Peut-être écoutait-il aussi le langoureux « O sole mio » de la mandoline ? 
Par la vitre arrière, Dupuy essayait de deviner les beautés de Rome endormie. 



                                                                    

                                                                       ***


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 18. Profitez-en pour repérer : 
 
 - Les emplois de l’indicatif et du subjonctif. 
 - Le discours rapporté au passé.